Chine, la revanche de l’empire. La fin de l’Occident ?
Alain Bauer.
Fayard, 202-

Tout le monde connaît Alain Bauer, qui promène son omniscience bonhomme de plateaux de télévision en studios radio : une fusillade sur l’obscur campus d’un petit État américain ? Une soudaine montée de fièvre au Sud Soudan ? Un attentat islamiste sur l’île philippine de Mindanao ? Il l’avait prévu, bien sûr ! De quoi rendre un peu jaloux Sa Sainteté elle-même, dont le dogme de l’infaillibilité pontificale a été quelque peu écorné… Toujours intéressant à l’oral, mais pour le coup décevant à l’écrit. Chine, la revanche de l’empire – l’un des sept volumes d’une série intitulée La globalisation piteuse
– est une compilation évènementielle – qui peut par ailleurs être utile aux étudiants -, hâtivement rédigée et lestée de citations, certaines d’une dizaine de pages (dont un large extrait d’un ouvrage américain racontant l’attaque de Taiwan par la République populaire en 2028 !) et autres annexes plus ou moins digestes.
La Chine : une affirmation géopolitique sans précédent, dont la modernisation de la puissance militaire, qui a beaucoup appris de l’Ukraine, vise une remise en question de l’hégémonie militaire américaine en Indopacifique et constitue l’une des transformations majeures de l’époque. L’impérialisme économique des Nouvelles routes de la soie, une imbrication financière sino-américaine source de mutuelles vulnérabilités, une force spatiale majeure ambitionnant de devenir leader mondial de l’intelligence artificielle : « une puissance rétablie qui utilise la fatigue informationnelle des audiences occidentales saturées d’informations contradictoires » : l’auteur passe en revue ses relations avec l’ensemble des pays voisins, ou plus lointains. Dont une France à la recherche d’un équilibre entre coopération économique et préservation de sa souveraineté technologique : une fascination mutuelle mêlée d’incompréhension, entre attraction et méfiance. « Le destin stratégique de l’Europe est déjà tragique. Celui de la France, fait pertinemment observer A. Bauer, mérite une nouvelle génération de femmes ou d’hommes d’État qui n’a pas encore été relevée. Y aura-t-il l’espoir d’un moment de Gaulle ? ». En attendant, chacune des puissances impériales contestant ouvertement l’ordre mondial établi en 1945 – Chine, Russie, Turquie, Iran, Inde – porte la mémoire d’une grandeur disparue et d’humiliations subies face à l’Occident, moteur de leurs ambitions géopolitiques contemporaines, l’axe sino-russe étant l’épine dorsale de cette contestation. Géographie et démographie contraignent cet Occident, l’Union européenne et la France à affronter un univers multipolaire et de plus en plus hostile, tandis que le piège de Thucydide entraîne Chine et États-Unis vers une guerre qu’aucun ne veut : voici le temps venu d’appréhender le monde tel qu’il est plutôt que de l’ignorer. De préparer la guerre qui vient pour retenir la paix qui s’en va. Des avertissements non dénués de sagesse.
Alain Bauer est professeur émérite au Conservatoire national des arts & métiers (CNAM), fondateur du Pôle sécurité, défense, renseignement, criminologie, cybermenaces et crises qui met en ligne de remarquables analyses avec Geostrategia, l’agora stratégique 2.0 ainsi que des MOOC sur ces mêmes questions stratégiques.

Réagir